Sri Lanka, inondations, résilience : pourquoi le risque climatique doit faire évoluer nos modèles d’entreprise vers plus d’éthique

Je suis rentrée du Sri Lanka il y a quelques jours à peine. Un pays si lumineux et accueillant. Je me déplaçais entre ma ville natale et Colombo. Entre deux réunions, mon chauffeur Thusitha, bienveillant et patient, me disait : « prends donc le temps de faire une pause, d’aller au temple et de prier. » Me voilà un panier de fleurs à la main au pied du temple Kanda Vihara. Mon vœu, revenir le plus vite possible.

Aujourd’hui, ce pays est profondément meurtri par les inondations et le passage du cyclone Ditwah. Des familles déplacées, des infrastructures fragilisées, des communautés déjà vulnérables qui tentent de se relever.
C’est une actualité lointaine pour certains, mais pour moi c’est une réalité intime. Celle de Thusitha, de ce temple où j’ai prié, d’un pays qui se bat pour survivre.

Ce qui se passe là-bas est un miroir de ce que vivent de nombreux territoires : l’accélération du risque climatique n’est plus un sujet théorique, c’est un risque économique, social et humain immédiat.

 

Le modèle d'entreprise éthique est-il devenu un impératif pour les entreprises ?

Le changement climatique n’est plus externe au business, il en fait partie

Le dérèglement climatique est une réalité : inondations, cyclones, glissement de terrains, sécheresses, ruptures logistiques, tensions sur les ressources. Le climat modifie déjà les chaînes de valeur, les coûts opérationnels, les niveaux d’assurance, les contrats de travail, la continuité salariale, la santé et la mobilité des travailleurs.

Entre 1980 et 2023, les événements météorologiques et climatiques ont provoqué des pertes d’actifs de 738 Md€ dans l’Union européenne. (Source : https://www.goodvest.fr/blog/ecologie/ethique-entreprise-enjeux-solutions).

Face à ces risques, les industries lourdes doivent se réinventer. En France, 50 sites les plus émetteurs ont signé un contrat de transition avec l’État, prévoyant 50 à 70 milliards d’euros d’investissements pour réduire leurs émissions de moitié d’ici 2032. ArcelorMittal Dunkerque, par exemple, s’apprête à remplacer ses hauts-fourneaux par de l’hydrogène vert. (Source : https://tnova.fr/economie-social/entreprises-travail-emploi/les-entreprises-et-ladaptation-au-changement-climatique/). 

Le Sri Lanka, comme d’autres pays frappés par le changement climatique, nous montre l’ampleur du défi : nos états et nos modèles économiques ne sont pas conçus pour absorber des chocs répétés. Cela illustre l’urgence de l’adaptation.

Comment rendre les entreprises plus éthique et responsable face au changement climatique ?

L’entreprise ne peut plus se contenter d’être performante, elle doit redevenir consciente. Rendre une entreprise responsable, c’est réintroduire dans le quotidien professionnel ce qui en avait peu à peu disparu : le bon sens, la morale, la philosophie, la capacité à se demander non seulement “est-ce efficace ?” mais “est-ce juste ?”. L’éthique invite à penser les conséquences de nos choix, sur les personnes, sur les territoires, sur les générations futures.

Les actions prioritaires

L’éthique efficace s’ancre donc dans la gouvernance de l’entreprise. L’entreprise ne doit plus se contenter d’afficher des valeurs elle doit les incarner. Les valeurs découlent de la mission et de la raison d’être de l’entreprise. C’est la raison social, environnemental et de gouvernance. Les actions ESG sont portées par les dirigeants et par un comité dédié. Un indicateur fort d’engagement climatique d’une entreprise est la part de rémunération variable de ses dirigeants liées aux critères environnementaux. Une part variable de 20% sur l’ESG est un bon indicateur d’engagement.   

Des indicateurs mesurables et auditables. Il s’agit de prouver ce qui est dit et de mesurer l’impact réel. Définissez des objectifs précis et chiffrés : « réduire de 20% l’impact carbone d’ici 2030 ». Ces objectifs découlent des ambitions ESG de l’entreprise.  La rémunération est un élément tangible qui permet de mesurer l’impact ESG de l’entreprise lorsque celui-ci est intégrer dans la part variable. On considère que les ambitions environnementales sont nécessairement mesurables sur le long terme et peuvent être intégrées dans la part de variable de performance long-terme.

Mise en conformité réglementaire. Les pressions réglementaires croissante doivent permettre aux entreprises de se remettre en question et d’effectuer un travail de fond pour revoir leur modèle d’affaire, évoluer leur méthode et suivre les progrès. La directive européenne CSRD, la taxonomie verte européenne, l’Accord de Paris et le Say on Climate, la transparence salariale sont autant de réglementation qui impose plus de transparence et de reporting de 1000 indicateurs extra-financiers.

Les enjeux complémentaires : atténuation et adaptation

L’atténuation vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre, c’est l’effort pour limiter le réchauffement. L’adaptation vise quant à elle à ajuster les activités, les infrastructures, les process à un climat modifié, pour absorber ou limiter les effets négatifs. Ces deux éléments se complètent – on rénove un bâtiment et on réduit l’émission de gaz à effet de serre et on adapte le confort thermique en cas de forte chaleur. Toutefois, leur logique économique et opérationnelle est souvent différente. (Source Terra Nova).

 

Mon récit sur le Sri Lanka montre le besoin immédiat d’adaptation. Malgré l’évidence des risques, l’adaptation reste largement ignorée. Peu d’entreprises ont inscrit l’adaptation dans les priorités au niveau de leur Gouvernance. Les freins sont principalement liés à l’incertitude sur les risques, le manque de données, évaluation du ROI.

L’adaptation consiste à formaliser une nouvelle trajectoire stratégique.

 

Diagnostiquer les vulnérabilités et anticiper les risques

La première étape consiste à identifier, sur toute la chaîne de valeur les risques : sites, fournisseurs, transport, ressources, main-d’œuvre. Cela nécessite des données fines (cartographies des risques, projections, analyses d’exposition). Ces diagnostics doivent ensuite nourrir un plan d’adaptation clair, avec actions priorisées, budget et indicateurs de suivi.

Déployer des actions de maîtrise et de prévention et les intégrer au modèle économique

Les premières actions d’urgence et réactif à mettre en place sont de renforcer les bâtiments, adapter les process en période de canicule, diversifier les fournisseurs ou sécuriser la continuité opérationnelle. Pour les entreprises les plus exposées, cela peut aller jusqu’à repenser le modèle économique : relocalisation, évolution de l’offre, diversification ou innovation dédiée à l’adaptation. En anticipant, les organisations réduisent leurs risques, gagnent en résilience et créent même de nouveaux leviers de compétitivité. 

Adopter une approche collective et globale

Pour les entreprises mondiales, l’adaptation nécessite une réflexion coordonnée à l’échelle de plusieurs régions : comprendre les risques propres à chaque zone, prioriser les investissements selon les vulnérabilités locales et accepter de faire des arbitrages stratégiques entre marchés. L’enjeu n’est plus seulement territorial, mais global : partager les données climatiques, aligner les décisions entre sièges et filiales, mutualiser les ressources et sécuriser les chaînes de valeur internationale. Cette approche collaborative permet de réduire les risques, d’assurer la continuité opérationnelle et d’intégrer l’adaptation comme un levier économique cohérent à l’échelle mondiale.

Créer un cadre économique et financier favorable

Le principal frein à l’adaptation reste l’absence de visibilité sur le ROI : on investit aujourd’hui pour éviter des risques futurs encore incertains. Pour y répondre, il faut instaurer un véritable « signal-prix » : comme la prime à la casse, bonus vert, ce sont les formes d’incitations dédiés ou subventions permettant de rendre visibles les coûts des risques climatiques et les bénéfices des actions d’adaptation. L’enjeu : intégrer ces coûts et “coûts évités” dans les bilans afin de faire émerger un ROI crédible.

Les mots de la fin

Construisons des entreprises qui tiennent debout. Le Sri Lanka traverse une crise climatique douloureuse. Mais ce pays, résilient par nature, nous rappelle une évidence, il est temps de reconstruire des modèles économiques alignés avec le monde réel pas avec des tableaux Excel déconnectés.

La performance financière n’a de sens que si elle s’inscrit dans une trajectoire qui protège, respecte et construit l’avenir. Ramener de l’éthique, de la morale et de la philosophie en entreprise n’est pas idéaliste.

C’est stratégique. C’est nécessaire. Et c’est le rôle de la nouvelle génération de dirigeants.

 

FAQ – Réponses aux questions fréquentes

En quoi ACARA peut m’aider à faire évoluer mon modèle d’affaires vers plus d’éthique ?

Nous aidons les entreprises engagées en ESG à intégrer des indicateurs extra-financiers dans la rémunération des dirigeants. Nous vous accompagnons de manière pragmatique et progressive dans cette démarche.

Pourquoi faut-il intégrer des indicateurs extra-financiers dans la rémunération des dirigeants ?

Aujourd’hui, la part de rémunération des dirigeants liée aux critères environnementaux est un signal fort du niveau d’engagement de l’entreprise dans les ambitions ESG.

 

Conclusion

Vous souhaitez aligner votre politique de rémunération sur les valeurs de votre entreprise?

Contactez-nous dès maintenant pour découvrir comment nous pouvons vous aider à transformer vos pratiques.

Nimesha.kariyawasam@acara-rb.eu